L’idéal d’une société laïque, ce n’est pas une parfaite neutralité : la société laïque n’a pas à concilier des principes, mais des revendications dont chacune, à la limite, menace le principe même de son existenceElle doit établir et maintenir la loi des parties entre elles, à l’encontre de tout groupe, de tout individu qui n’en veut que pour soi au nom de la vérité qu’il professe ou de la liberté qu‘il cultive. Elle cesse d’exister si elle doit régner sur la jungle et par la force, dompter des appétits sans retenue ou des rivalités sans pitié : elle suppose une certaine civilité des esprits et des mœurs.  En réalité aucune démocratie n’est possible sans laïcité politique, et cette exigence est commune à tous les démocrates, qu’ils soient libres penseurs, chrétiens, musulmans ou israélites. C’est pour cela que nous devons défendre notre laïcité quand elle est affaiblie ou en danger.
Mardi 31 juillet 2007

Ce matin, on a frappé à ma porte. Quand je l'ai ouverte, j'ai vu devant moi un couple bien habillé. L'homme parla le premier.

Jean: "Bonjour! Je suis Jean, et voici Marie."
Marie: "Bonjour! Nous sommes venus vous inviter à embrasser les fesses de Marcel avec nous."
Moi: "Excusez-moi?! De quoi parlez-vous? Qui est Marcel, et pourquoi devrais-je Lui embrasser les fesses?"
Jean: "Si vous embrassez les fesses de Marcel, Il vous donnera un million d'euros; et si vous ne le faites pas, Il vous cassera la gueule."
Moi: "De quoi? Est-ce que c'est une espèce de racket maffieux?"
Jean: "Marcel est un milliardaire philanthrope. Marcel a construit cette ville. Marcel possède cette ville. Il peut faire tout ce qu'Il veut, et ce qu'Il veut, c'est vous donner un million d'euros. Mais Il ne peut pas le faire avant que vous ne Lui ayez embrassé les fesses."
Moi: "Ca ne fait aucun sens. Pourquoi..."
Marie: "Qui êtes-vous pour mettre en doute le don de Marcel? Vous ne voulez pas d'un million d'euros? Est-ce que ça ne vaut pas un petit bisou sur les fesses?"
Moi: "Ben, peut-être, si c'est honnête, mais..."
Jean: "Eh bien, venez embrasser les fesses de Marcel avec nous."
Moi: "Vous les embrassez souvent, les fesses de Marcel?"
Marie: "Oh oui, tout le temps..."
Moi: "Et est-ce qu'Il vous a donné un million d'euros?"
Jean: "En fait, non. On ne peut pas recevoir l'argent à moins de quitter la ville."
Moi: "Alors, pourquoi ne quittez-vous pas la ville?"
Marie: "On ne peut pas partir sans que Marcel vous y autorise. Sinon vous ne recevez pas l'argent, et Il vous casse la gueule."
Moi: "Connaissez-vous quelqu'un qui a embrassé les fesses de Marcel, quitté la ville, et reçu le million d'euros?"
Jean: "Ma mère a embrassé les fesses de Marcel pendant des années. Elle a quitté la ville l'année dernière, et je suis sûr qu'elle a reçu l'argent."
Moi: "Vous ne lui avez pas parlé depuis?"
Jean: "Bien sûr que non, Marcel ne l'autorise pas."
Moi: "Alors, qu'est-ce qui vous fait croire qu'Il va vraiment vous donner l'argent, si vous n'avez jamais parlé à aucune personne qui ait reçu l'argent?"
Marie: "Eh bien, il en donne un petit peu avant qu'on quitte la ville. Vous allez peut-être recevoir une augmentation, ou vous gagnerez une petite somme à la loterie. Ou alors, vous trouverez un billet de 20 euros dans la rue."
Moi: "Mais qu'est-ce que Marcel a à voir là-dedans?"
Jean: "Marcel connaît 'certaines personnes'."
Moi: "Je suis désolé, mais ça sent l'arnaque bizarre."
Jean: "Mais il s'agit d'un million d'euros, allez-vous vraiment prendre ce risque? Et rappelez-vous, si vous n'embrassez pas les fesses de Marcel, Il va vous casser la gueule."
Moi: "Peut-être pourrais-je voir Marcel, Lui parler, et entendre de Sa bouche tous les détails..."
Marie: "Personne ne voit Marcel, personne ne parle à Marcel."
Moi: "Alors, comment Lui embrassez-vous les fesses?"
Jean: "Parfois on Lui souffle un baiser, et on pense à Son cul. Parfois on embrasse les fesses de Karl, et il fait passer."
Moi: "Qui est Karl?"
Marie: "Un de nos amis. C'est celui qui nous a tout révélé sur Marcel et sur Ses fesses. Et tout ce que nous avons dû faire en échange, c'est de l'inviter plusieurs fois au restaurant."
Moi: "Et vous l'avez cru sur parole quand il vous a dit que Marcel existait, que Marcel voulait que vous Lui embrassiez les fesses, et que Marcel vous récompenserait?"
Jean: "Oh non! Karl a reçu une lettre de Marcel il y a des années, et cette lettre expliquait tout. Voilà une photocopie, jugez par vous-même."
===
Mémo de Karl
1. Embrassez les fesses de Marcel et Il vous donnera un million d'euros quand vous quitterez la ville.
2. Buvez de l'alcool avec modération.
3. Cassez la gueule des gens qui ne sont pas comme vous.
4. Mangez équilibré.
5. Marcel a dicté cette liste Lui-même.
6. La Lune est faite de fromage vert.
7. Tout ce que dit Marcel est vrai.
8. Lavez vos mains après être allé aux toilettes.
9. Ne buvez pas d'alcool.
10. Mangez vos saucisses dans un morceau de pain, sans condiment.
11. Embrassez les fesses de Marcel sinon Il vous cassera la gueule.
===


Moi: "On dirait que c'est écrit sur le papier à lettres de Karl."
Marie: "Marcel n'avait pas de papier."
Moi: "J'ai comme l'impression que si on vérifiait, on verrait que c'est l'écriture de Karl."
Jean: "Bien sûr, Marcel l'a dictée."
Moi: "Mais je croyais que vous aviez dit que personne ne pouvait voir Marcel?"
Marie: "Maintenant, non. Mais il y a des années, il Lui arrivait de parler à certaines personnes."
Moi: "Je croyais que vous aviez dit qu'Il était philanthrope. Quelle sorte de philanthrope casse la gueule des gens juste parce qu'ils sont différents?"
Marie: "C'est ce que veut Marcel, et Marcel a toujours raison."
Moi: "Et qu'est-ce qui vous fait dire ça?"
Marie: "Le point 7 dit : 'Tout ce que dit Marcel est vrai.' Moi, ça me suffit!"
Moi: "Peut-être que votre ami Karl a tout inventé."
Jean: "Impossible! Le point 5 dit 'Marcel a dicté cette liste Lui-même.' En plus, le point 2 dit 'Buvez de l'alcool avec modération', le point 4 dit 'Mangez équilibré' et le point 8 dit 'Lavez vos mains après être allé aux toilettes'. Chacun sait que ces choses sont vraies, donc le reste DOIT être vrai aussi."
Moi: "Mais le point 9 dit 'Ne buvez pas d'alcool' ce qui ne colle pas vraiment avec le point 2. Et le point 6 dit ' La Lune est faite de fromage vert', ce qui est complètement faux."
Jean: "Il n'y a aucune contradiction entre 9 et 2, 9 clarifie simplement 2. Et pour parler de 6, vous n'êtes jamais allé sur la Lune , donc vous ne pouvez pas en être sûr."
Moi: "Les scientifiques ont établi avec certitude que la Lune est faite de pierre..."
Marie: "Mais ils ne savent pas si cette pierre venait de la Terre ou de l'espace, donc cela pourrait tout aussi bien être du fromage vert."
Moi: "Je ne suis pas vraiment un expert, mais je pense que la théorie suivant laquelle la Lune aurait été 'capturée' par la Terre a été réfutée. De toute façon, même si on ne sait pas d'où vient cette pierre, cela ne veut pas dire que c'est du fromage."
Jean: "Ha! Vous venez d'admettre que les scientifiques font des erreurs, mais nous savons que Marcel a toujours raison!"
Moi: "Ah bon?"
Jean: "Bien sûr que nous le savons, puisque le point 7 le dit."
Moi: "Vous êtes en train de dire que Marcel a toujours raison parce que la liste le dit, la liste a raison parce que Marcel l'a dictée, et que nous savons que Marcel l'a dictée parce que la liste le dit. C'est de la logique circulaire, ce n'est pas différent de "Marcel a raison parce qu'Il dit qu'Il a raison."
Jean: "Voilà! Vous avez compris! C'est si enrichissant de voir quelqu'un accepter la logique de Marcel."
Moi: "Mais... oh, rien. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de saucisses?"
Marie rougit.
Jean: "Des saucisses, dans un morceau de pain, rien de plus. C'est la loi de Marcel. Toute autre chose est mauvaise."
Moi: "Et si je n'ai pas de pain?"
Jean: "Pas de pain, pas de saucisse. Une saucisse sans pain, c'est mal."
Moi: "Pas de ketchup? Pas de moutarde?"
Marie apparaît complètement choquée.
Jean: (Il crie) "Il n'y a aucun besoin de tenir un pareil langage! Aucune sorte de condiments, sinon c'est mal!"
Moi: "Donc, une grosse pile de choucroute avec des saucisses coupées en morceaux et mélangées dedans, pas question?"
Marie: (Elle se plante les doigts des les oreilles). "Je n'entends rien. La la la, la la, la la la."
Jean: "C'est répugnant. Il n'y a que des vicieux maléfiques pour manger ça..."
Moi: "C'est bon! J'en mange tout le temps."
Marie s'évanouit.
Jean: (Il rattrape Marie au vol). "Eh bien, si j'avais su que vous étiez un de 'ceux-là' je n'aurais pas perdu mon temps. Quand Marcel vous cassera la gueule, je serai là à compter mon argent en riant. Je vais embrasser les fesses de Marcel pour vous, espèce de choucroutophage coupe-saucisse sans pain!"
Sur ce, Jean traîna Marie jusqu'à leur voiture, et démarra à toute vitesse.

Toute ressemblance avec des textes sacrés et leurs interdits, avec des croyants monothéistes, et avec des missionnaires qui répandent la bonne parole, est absolument faite exprès.
par ChrisLaur publié dans : Athéisme
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Mardi 31 juillet 2007
« Le Pape : combien de division ? » aurait répondu Staline à un personnage qui, à la fin de la seconde guerre mondiale, s’inquiétait de la politique du Vatican.
La garde suisse du souverain pontife n’a sans doute pas joué un rôle de premier plan dans l’effondrement du stalinisme. Il serait pourtant injuste de ne pas reconnaître que, 45 ans après la question posée par le maître du Kremlin, les héritiers de Pie XII l’avaient incontestablement emporté sur ceux de Staline.

Il serait donc erroné de sous-estimer l’importance de l’église catholique surtout lorsque son chef prend le risque de l’inscrire, avec son discours du 12 septembre, dans le « choc des civilisations » de Georges W. Bush.

Du temps de Jeanne d’Arc
Après une courte introduction, Joseph Ratzinger entre dans le vif de son sujet (foi et raison) en citant les propos qu’aurait tenu l’empereur byzantin Manuel II à un érudit persan aux environs de 1400 (un peu avant la naissance de Jeanne d’Arc...)

Il est possible de s’étonner que ces propos médiévaux aient eu un tel retentissement. Mais ce retentissement tient au contexte dans lequel le pape prononça son discours de Ratisbonne. Il tient aussi aux paroles de l’empereur byzantin avec lesquelles le pape n’a, le 12 septembre, pris aucune distance : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ».

Joseph Ratzinger avait-il oublié sa tiare ?
Benoît XVI a exprimé ses regrets d’avoir été « mal compris ». Il affirme aujourd’hui ne pas avoir voulu faire sienne « les paroles négatives prononcées par l’empereur médiéval ». Mais, avant l’expression de ces regrets, les télévisions européennes et américaines avaient eu tout le loisir de passer en boucle les images de manifestants musulmans exaspérés, criant leur haine de l’ « Occident » et des « Chrétiens ». Des images inespérées pour tous les adeptes du « choc des civilisations », pour tous ceux qui veulent opposer un « occident chrétien » à un « monde musulman ». Beaucoup de ces manifestants étaient certainement manipulés mais qui peut nier que le pape avait apporté un précieux concours à l’opération ?

Peut-on, en effet, penser que Benoît XVI s’était exprimé en simple théologien et que, le temps d’un discours, il avait oublié sa tiare ? N’avait-il pas vu la cohorte de journalistes qui accompagnaient son voyage et les caméras braquées sur lui en permanence ? Ignorait-il que le 12 septembre était le lendemain du 11 ? Avait-il oublié que la guerre d’agression d’Israël contre le Liban venait à peine de se terminer ? Ne connaissait-il rien de la situation tragique de l’Irak après l’intervention militaire américaine ? Ne savait-il pas qu’une partie importante de l’opinion en Europe et aux Etats-Unis ne demandait qu’à être confortée dans l’idée que l’Islam était synonyme de violence ? Pouvait-il ignorer qu’en agissant ainsi il prenait le risque d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui, au sein de l’islam, prônent la violence ?

Une méthode pour interpréter le Coran
Le pape cite le verset 256 de la sourate 2 du Coran qui affirme que la foi ne peut être imposée par la contrainte (ce qui impliquerait que la violence ne serait pas inhérente au Coran) : « Il n’est nulle contrainte en matière de foi ». Mais le pape se fait alors historien pour convaincre ses auditeurs du peu d’intérêt de cette sourate. C’est « selon les spécialistes » affirme-t-il l’un des premières sourates à avoir été écrites, elle date donc de l’époque où Mahomet « n’avait encore aucun pouvoir et était menacé », l’époque où Mahomet était à la Mecque et n’avait pas encore conquis Médine.

Cette façon d’interpréter le Coran s’apparente étonnamment à celle des intégristes musulmans. Dans un entretien accordé à Libération (23/09), Abdelwhab Meddeb précise, en effet, leur méthode : « Eux [les intégristes] optent pour l’idée la plus simple : le principe chronologique. Le verset mecquois sur la tolérance émane d’un Prophète de pure spiritualité, qui n’est pas encore dans l’exercice du pouvoir politico-militaire, il est donc abrogé par celui qui vient après » Et celui qui vient après, c’est « le verset de l’épée », le verset 29 de la sourate 9 où il est commandé de combattre tous ceux qui ne croient pas à « la religion vraie ».

Pourquoi, s’il n’avait pas voulu s’inscrire dans le « choc des civilisations », Joseph Ratzinger aurait-il choisi cette interprétation plutôt que celle de Mohammed Mahmoud Taha (toujours selon Abdelwhab Meddeb) : « L’éternel du Coran, c’est ce qui nous vient de la Mecque, parce qu’il est pur de toute contingence politique » ?

Une autre méthode pour interpréter les propos de Manuel II
Le 265ème pape analyse ensuite les propos de l’empereur de Byzance, Manuel II Paléologue, qui condamnent la violence « en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme ». S’il avait employé la même méthode que celle qu’il avait utilisé pour expliquer la sourate 2-256, Benoît XVI n’aurait eu aucune difficulté à comprendre pourquoi cet empereur byzantin prêchait une non-violence tout à fait inhabituelle pour les gens de sa caste.

La controverse de cet empereur et de l’érudit persan se déroulait un peu avant 1400. A cette époque, ce qui restait de l’empire byzantin était soumis à une pression de plus en plus insupportable de l’empire turc. Un demi siècle plus tard (en 1453) Constantinople sera d’ailleurs prise par les Turcs. La « non violence » de Manuel II pouvait donc parfaitement s’expliquer par un rapport de forces particulièrement défavorable à Byzance. D’autant plus défavorable, d’ailleurs, que les renforts demandés par le « non violent » Manuel II et dirigés par le roi de Hongrie Sigismond venaient de subir une cuisante défaite à Nicopolis.

Le pape emploie deux méthodes radicalement différentes pour interpréter le Coran et les propos de Manuel II. En choisissant de ne prendre aucune distance historique avec le texte de l’empereur Byzantin, il est difficile de penser que Joseph Ratzinger, dans son discours du 12 septembre, ne faisait pas siens les propos de Manuel II.

Questionner les rapports de l’islam à la violence n’a rien d’illégitime.
Encore faut-il savoir comment s’opère ce questionnement.

Pour Benoît XVI, dans son discours de Ratisbonne, la conversion par la violence serait inhérente au Coran. Par contre, la conversion par la raison découlerait de la foi chrétienne alliée à la raison grecque.

« Par honnêteté », cependant, Joseph Ratzinger cite un théologien chrétien de la fin du Moyen Age, Duns Scott, dont les positions pourraient conduire à l’image d’un « Dieu-arbitraire ».

« Par honnêteté », il aurait bien mieux valu que le pape confronte ses affirmations abstraites à la réalité historique et au rôle concret tenu par le rôle de l’église catholique dans le domaine de la conversion par la violence comme dans celui de la violence tout court. Il n’aurait alors eu que l’embarras du choix : les croisades prêchées par ses prédécesseurs Urbain II, Grégoire VIII ou Innocent III ; les croisades contre les Cathares ; les massacres de la Saint Barthélemy ; les bûchers de l’Inquisition ; les conversions forcées, les massacres ou les déportations de Musulmans et de Juifs qui accompagnèrent la reconquista espagnole ; la conquête du « Nouveau Monde » ; les dragonnades contre les Huguenots...

« Par honnêteté » il aurait bien mieux valu, également, que Benoît VII n’oublie pas l’ « âge d’or » de l’islam andalou au cours duquel Juifs et Chrétiens avaient pu pratiquer leur religion sous l’administration musulmane.

S’il est légitime de questionner l’islam sur ses rapports à la violence, le faire avec la partialité dont a fait preuve Benoît XVI à Ratisbonne ôte toute légitimité à ce questionnement.

Réduire une religion à un texte et une civilisation à une religion n’a, de toute façon, aucun sens. Alain Gresh dans un Tribune libre de « L’Humanité » du 03/12/2004 affirme ainsi, à juste titre : « Il y a un milliard deux cent millions de musulmans environ. Ils sont majoritaires dans une soixantaine de pays et sont présents dans beaucoup d’autres. Essayer de réduire cette diversité dans une espèce de tronc commun qui serait un islam éternel, inchangé depuis quatorze siècles, dont on pourrait déduire la manière dont se comportera un musulman en France, en Arabie saoudite ou en Indonésie ne correspond pas à la réalité »

Copernic, Galilée et Bruno
La sainte alliance réalisée par le pape entre non-violence et foi chrétienne (qui signifie pour lui foi catholique) a de quoi surprendre. Le lien fait par ce même pape entre foi chrétienne, philosophie grecque (essentiellement celle d’Aristote) et raison laisse tout aussi perplexe.

Joseph Ratzinger semble, en effet, avoir totalement occulté le rôle décisif joué par les penseurs Musulmans (notamment Ibn Sînâ dit « Avicenne » et Ibn Rushd dit « Averroès ») dans la transmission de cet héritage philosophique grec. Il semble également avoir oublié que c’est, en grande partie, contre la cosmologie de Ptolémée ou la physique aristotélicienne que Copernic, Galilée ou Bruno ont fait progresser cette raison scientifique et ouvert la voie à Kepler et Newton.

Si Copernic n’a pas eu à souffrir d’avoir compris que la terre n’était pas le centre de l’univers, il n’en a pas été de même pour Galilée et Bruno. Galilée n’a du qu’à la protection des Médicis de ne pas subir de châtiment plus grave que celui de terminer sa vie en reclus. Il avait, en effet, été condamné par le Saint-Office, en 1633, pour avoir pris parti en faveur de la réalité du mouvement de la Terre. Il faut pourtant, « par honnêteté », reconnaître que l’église catholique l’a « réhabilité » en 1992 ! Quant à Bruno, le fait d’avoir nié l’existence de la « huitième sphère » du système de Ptolémée (celle des « étoiles fixes ») et d’avoir remplacé le « ciel » par l’infinité de l’ « espace » lui valu, en 1600, d’avoir la langue arrachée et d’être brûlé vif, après sa condamnation par l’Inquisition.

La théologie dans le « dialogue des sciences »

Benoît XVI n’ignore certainement pas les condamnations de Bruno et de Galilée. Son obstination à revendiquer une liaison aussi étroite entre la foi chrétienne, la philosophie grecque et la raison a d’autres explications.

La première explication est son refus de voir entrer la Turquie dans l’Union européenne, ruinant ainsi ses efforts pour faire reconnaître ce qu’il considère comme « l’identité chrétienne de l’Europe ». Une identité qui gomme l’apport déterminant de l’ « âge d’or » musulman andalou et de son rayonnement dans toute l’Europe. Une identité qu’il n’a pas renoncé à faire inscrire dans le texte d’une Constitution européenne.

La seconde explication est sa volonté de faire admettre la théologie dans le « dialogue des sciences ». Le pape a compris, en effet, que dans les pays industrialisés la science, l’idéologie scientifique confinaient la religion à un rôle de second plan. Dans son discours, il déplore donc que la méthode scientifique exclue la question de Dieu, « la faisant apparaître comme une question ascientifique ou pré scientifique ». Il affirme que son projet est « un élargissement de notre concept de raison et de l’usage de celle-ci » en franchissant « la limite auto-décrétée par la raison à ce qui est vérifiable par l’expérience ».

En avril dernier, lors de la veillée précédant la fête de Pâques, Joseph Ratzinger avait parfaitement illustré (A.F.P. du 15/04/06) ce que signifiait l’irruption de son concept de raison élargie dans la théorie scientifique de l’évolution : « Si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution » la résurrection du Christ est « la plus grande mutation, le saut absolument le plus décisif [...] qui soit jamais advenu dans la longue histoire de la vie et de ses développements » !
 
Jean-Jacques Chavigné, pour Démocratie & Socialisme
 
par ChrisLaur publié dans : Laicité
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Mardi 31 juillet 2007
Ratisbonne, l'erreur de Benoît XVI
Par Henri Pena-Ruiz
La liberté et la démocratie ne sont pas les héritages d'une religion, elles ont été conquises.

De quel côté, dans l'histoire humaine, se sont trouvés le rejet de la raison et le recours à la violence pour imposer la religion ? Prétendre, comme l'a fait le pape Benoît XVI à Ratisbonne, que l'islam seul est en cause relèverait d'un singulier oubli. D'abord, il y a évidemment injustice à confondre islam et islamisme. Comme il y en aurait à confondre la foi chrétienne et le cléricalisme catholique, inspirateur des guerres de religion, des croisades, des bûchers de l'Inquisition, de l'Index des livres interdits, et de l'antijudaïsme converti en antisémitisme sans qu'un tel glissement soit dénoncé.

Ensuite, on ne peut passer sous silence le fait que l'idée de répandre la foi par le glaive a été soutenue par des théologiens chrétiens autant que par certains islamistes. Saint Anselme lui-même affirmait que l'Eglise doit user de deux glaives : le glaive spirituel de l'excommunication et le glaive temporel du châtiment corporel, allant jusqu'à la mise à mort des hérétiques et des mécréants. "Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens" : c'est la réponse effectuée par le légat du pape, Arnaud Amaury, à ceux qui, lors du siège de Béziers, en 1209, souhaitaient distinguer les catholiques des hérétiques. On trouve la fameuse expression sous la plume de saint Paul : "Le Seigneur connaît les siens" [IIe Epître à Timothée]. Saint Augustin n'était pas en reste, qui affirmait : "Il y a une persécution juste, celle que font les Eglises du Christ aux impies... L'Eglise persécute par amour et les impies par cruauté".

Si le christianisme est religion de paix et de dialogue rationnel, comment comprendre que, pendant les quinze siècles de sa domination temporelle, l'Eglise qui disait s'en inspirer ait pu couvrir tant de violences faites aux hommes qui ne croyaient pas comme il faut ?

Emmanuel Kant, que Benoît XVI cite dans sa conférence, dresse un bilan raisonné de l'histoire réelle du christianisme et le confronte à l'orientation morale qu'il attribue à Jésus Christ. "Cette histoire du christianisme, [...] quand on l'embrasse d'un seul coup d'oeil, comme un tableau, pourrait bien justifier l'exclamation "Tantum religio potuit suadere malorum" ["Tant la religion a pu inspirer de maux"], si l'institution du christianisme ne montrait pas toujours d'une façon suffisamment claire qu'il n'eut pas primitivement d'autre fin véritable que d'introduire une pure foi religieuse" [la Religion dans les limites de la simple raison].

Quant à Victor Hugo, croyant, il ne transige pas non plus : "Nous connaissons le parti clérical. C'est un vieux parti qui a des états de service. C'est lui qui monte la garde à la porte de l'orthodoxie. C'est lui qui fait défense à la science et au génie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso" (discours du 20 janvier 1850).

On voit qu'il est abusif d'affirmer que la religion chrétienne a respecté la raison, alors que ses représentants officiels n'en ont longtemps admis l'exercice que dans les limites du dogme, comme le montrent la mise à mort, en 1600, à Rome, de Giordano Bruno, et, trente-trois ans plus tard, la condamnation de Galilée par l'Inquisition. Quant aux philosophes grecs, c'est au travail de penseurs arabes, comme Averroès, que l'on doit en large part le sauvetage de leur héritage, à une époque où la chrétienté ne retenait d'eux que ce qui pouvait concorder avec la doctrine religieuse. Ainsi l'idée que le monde est incréé, chère à bien des philosophes grecs, fut longtemps censurée, et l'on n'admit d'Aristote que ce qui pouvait "servir la théologie" La raison elle-même restait singulièrement bridée, comme chez saint Augustin : "Credo quia absurdum" ["Je crois ceci parce que c'est absurde"].

Le contraste mis en exergue par Benoît XVI ne tient donc que sur la base de deux arguments peu recevables : d'une part, la thèse de la solidarité historique entre christianisme et raison. D'autre part, le silence fait sur l'islam des Lumières, notamment celui d'Averroès, qui reconnaissait à la raison humaine le pouvoir d'interpréter les versets du Coran lorsque leur sens littéral la heurte (voir le Discours décisif).

Quant à la récente déclaration attribuée à Al-Qaeda qui s'en prend à la laïcité en y voyant une invention des "croisés", elle révèle également une singulière erreur historique. L'idéal laïque, on le sait, stipule l'égalité de principe des divers croyants, des athées et des agnostiques, en même temps que leur liberté de conscience. Il fut conquis, en France, non contre le christianisme, mais contre le cléricalisme catholique qui prétendait dicter la loi au nom d'une foi. Bref, si l'on veut, contre les modernes "croisés". Les lois laïques de séparation ont reconduit la manifestation de la foi à la sphère privée, individuelle ou collective, des seuls fidèles. Ce qui est du ressort de la foi de certains ne peut s'imposer à tous. Dans cet esprit, les crucifix, notamment, furent ôtés des monuments publics, afin que tous les citoyens, quelle que soit leur conviction spirituelle, puissent se reconnaître à égalité dans un espace commun, soustrait à la tutelle particulière d'une confession. L'exigence de neutralité des institutions communes à tous leur permet d'assumer pleinement leur raison d'être : promouvoir ce qui est d'intérêt commun. Il n'est donc pas exact de voir dans une telle conquête une victoire des "croisés".

Quelle est l'erreur commune au pape et à Al-Qaeda ? Celle qui consiste à se référer à des traditions closes, territorialisées, et à confondre les civilisations avec les religions. Prétendre que les "bonnes valeurs" sont d'un lieu particulier est irrecevable. On tend ainsi à dresser les uns contre les autres les groupes humains, comme le fait l'ouvrage de l'idéologue américain Samuel Huntington, le Choc des civilisations, en hiérarchisant des "cultures" traitées comme des blocs monolithiques. On renoue ainsi implicitement avec la thèse ethnocentriste naguère dénoncée par Lévi-Strauss dans sa conférence "Race et Histoire". On se dote d'histoires particulières, valorisées contre les autres histoires, et l'invective sourde ou avouée n'est alors que la conséquence d'un tel "esprit de clocher".

Les droits de l'homme, la démocratie, les idéaux de liberté et d'égalité, de paix et de fraternité, l'émancipation laïque, ne sont pas les produits d'une histoire ou d'une civilisation particulières, encore moins l'héritage d'une religion. Ils sont des conquêtes de l'humanité refusant l'oppression, conquises souvent dans le sang et les larmes, à rebours de traditions rétrogrades. Leur portée universelle transcende tous les héritages et réside dans l'exigence d'une vie d'homme debout, rétif à toutes les servitudes.

Point de vue publié par le quotidien Libération, Paris, 20 septembre 2006.
Henri Pena-Ruiz écrivain et philosophe.
par ChrisLaur publié dans : Laicité
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Mardi 31 juillet 2007
La bonne blague de Ratisbonne n’ était que pour agir contre une certaine ingénuité!!!
Le pape a pensé: ils sont trop bêtes, il faut que je les réveille! Son secrétaire nous le confirme aujourd’hui en défendant sa position, et en expliquant le pourquoi du texte choisi sur l'Islam à Ratisbonne....
Aucune erreur donc de la part du Pape, aucune gaffe, la phrase était choisie, tout était bien calculé.
Ratisbonne préparait le terrain, maintenant la guerre de propagande commence, le pas suivant, mettre les orthodoxes du coté du Vatican.. Une grande alliance chrétienne pour reconquérir les valeurs historiques européenne? et défendre l'Europe contre l’Islam....
A ce rythme, on aura droit à une guerre de religion dans les prochaines décades....
 
Le secrétaire privé du pape Benoît XVI a mis en garde sur ce qu'il a considéré comme un danger d'islamisation de l'Europe et a insisté sur le fait que ne doivent pas être ignorées les racines chrétiennes du Vieux Continent, selon ses commentaires diffusés hier.
« Les tentatives d’islamisation de l'Occident ne doivent pas être cachées. Et le danger pour l'identité de l'Europe est lié á ces tentatives et ne peut pas être ignoré á cause d'un respect mal interprété », a affirmé monseigneur Georg Gaenswein dans une interview de l’hebdomadaire Sueddeutsche Magazin qu'il sera publié aujourd'hui.
Gaenswein a en outre défendu un discours prononcé par Benoît XVI l'année passée à l'Université de Ratisbonne, pendant son voyage en Allemagne, sur l'expansion au fil de l'épée de l'islamisme dans ses premiers temps, et a considéré que le Souverain pontife a essayé « d'agir contre une certaine ingénuité ».Beaucoup de musulmans du monde entier avaient protesté contre le discours prononcés par le Pape á Ratisbonne. En Cisjordanie plusieurs églises catholiques avaient été incendiées et le régime théocratique iranien jugea que le Pape s’était uni au président américain George W. Bush pour « recommencer les croisades ».
Gaenswein indique à l'hebdomadaire que, outre la position en ce qui concerne l'Islam, le dialogue avec les églises orientales est important. De plus, il souligne la nécessité de dépasser la division entre Église Catholique et Orthodoxe.
par ChrisLaur publié dans : Laicité
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